Roumanie Autrement

« Junii Braşovului » : entre histoire et tradition

Dans la charmante ville de Braşov, la période pascale n’apporte pas seulement la joie de la Résurrection mais aussi un spectacle humain sans équivalent, conçu et articulé autour de l’héritage culturel des roumains originaires du quartier de Șchei. Aujourd’hui, cette communauté représente la seule en Transylvanie à avoir préservé et perpétué, dans un cadre urbain, les traditions et les rituels spécifiques aux villages du sud de la région. 

Contrairement à toute attente, le mot Juni n’est pas un néologisme d’origine française mais un nom utilisé dans cette partie du pays pour designer tout « homme jeune » car, à la source, le groupe « Junii Braşovului» était composé de jeunes hommes pas encore mariés : Junii Tineri. De lui est dérivé celui de Junii Bătrâni (littéralement, « vieux »), qui n’est pas une contradiction en termes mais une preuve de grande ouverture d’esprit. 

A côté du groupe des hommes mariés, constitué après 1877, ont trouvé leur place, souvent par biais de scissions : Junii Albiori (1860), Junii Curcani (1879), Junii Brașovecheni (1922), Junii Roșiori (1908) et Junii Dorobanți (1923). Cette unité dans la diversité a contribué à la consolidation de l’identité culturelle des roumains qui habitaient en dehors de la citadelle de Braşov, construite par les saxons au XIIIe siècle. 

La fastueuse parade d’entrée des Junii dans la citadelle, le premier dimanche après celui de la Pâques orthodoxe (« Duminica Tomii »), arborant avec fierté le drapeau roumain, comporte une forte connotation patriotique car, pendant l’occupation hongroise et, ensuite, austro-hongroise (jusqu’en 1918), toute forme de manifestation de l’identité nationale des roumains était interdite. Mais, sa symbolique va au-delà de l’Histoire.

Junii Braşovului représente, avant tout, une tradition articulée autour des rituels magico-religieux pratiqués pendant quelques jours, après Pâques. L’initiation ainsi que la confirmation implique un pacte solide entre les membres de la communauté qui, d’une nature religieuse, s’engagent à respecter les canons de l’Eglise orthodoxe. La ville baigne par suite dans l’émouvante atmosphère du salut pascal : « Hristos a înviat ! » 

 

Source d’information : 

Alexandru Stănescu, « Tradițiile Junilor din Șcheii Brașovului și Brașovechi », Brașov, 2017